![]() Guy-André KIEFFER,
journaliste enlevé à Abidjan
le 16 avril 2004
1. Rappel des faits
Le 16 avril 2004, vers 13 h 15, Guy-André KIEFFER (GAK) est enlevé en plein centre d’Abidjan sur le parking d’un supermarché par un commando, alors qu’il a rendez-vous avec Michel LEGRE, beau-frère de Mme Simone GBAGBO, épouse du président GBAGBO.
Depuis ce jour, GAK n’a plus donné aucun signe de vie. Tout donne à penser qu'il a probablement été exécuté dans les deux jours qui ont suivi son enlèvement.
Sa voiture a été retrouvée début mai 2004 sur le parking de l’aéroport d’Abidjan, manifestement déposée là, le jour même de la disparition de GAK, par l’un des protagonistes de l’enlèvement. Son ordinateur portable a été retrouvé chez Michel LEGRE et saisi par le juge RAMAEL. L’enquête du juge RAMAEL a établi que Michel LEGRE a eu de nombreux entretiens téléphoniques juste avant et après l’enlèvement avec le ministère de l’économie et qu’il s’y est rendu le 16 avril 2004 dans l’après-midi pour toucher la rétribution de son forfait.
Ses investigations ont permis de mettre rapidement en lumière le rôle de Michel LEGRE dans cet enlèvement : ce dernier a manifestement servi d’appât pour attirer GAK dans le piège qui lui a été tendu le 16 avril 2004. LEGRE a donné les noms des présumés commanditaires de cet enlèvement (qui sont tous des proches du couple présidentiel et du ministre de l’économie ivoirien Paul Bohoun BOUABRE et de son directeur de cabinet, Aubert ZOHORE). LEGRE a livré également les noms des principaux exécutants ayant participé à l’enlèvement (militaires et membres des commandos rattachés à Mme GBAGBO), dont curieusement un certain nombre a disparu dans la nature lors de l’enquête menée par les juges d'instruction français.
La justice ivoirienne a inculpé Michel LEGRE pour « enlèvement, séquestration et assassinat (sic) », ce dernier grief étant surprenant puisque nous ne savons pas officiellement ce qu’est devenu GAK après son enlèvement. LEGRE a été incarcèré à la maison d’arrêt d’Abidjan le 28 mai 2004. Lors des évènements de novembre 2004 en Côte d’Ivoire, il a refusé de s’évader, craignant sans doute pour sa vie, et a été mis en sécurité à l’école de police par Mme DIABATE, ministre de la justice ivoirienne. Le 21 octobre 2004, le juge RAMAEL l’a mis en examen pour « enlèvement et séquestration ».
Depuis, LEGRE est revenu sur ses aveux et se tait.
Le 13 décembre 2004, le juge RAMAEL a demandé officiellement que LEGRE soit remis à la justice française dans le cadre d’une procédure dite de « remise temporaire » qui lui permettrait de l’interroger dans de meilleures conditions à Paris (tout ce que dit LEGRE à Abidjan étant étroitement contrôlé par ses avocats et la présidence ivoirienne). Cette demande est parvenue aux autorités ivoiriennes au printemps 2005, après un parcours diplomatique pour le moins laborieux : à ce jour, aucune suite n’y a été donnée par la présidence ivoirienne. Bien au contraire, le 28 octobre 2005 soit à l'avant-veille de la fin officielle du mandat du président GBAGBO, Michel LEGRE a èté remis en liberté provisoire par les autorités ivoiriennes. Coïncidence troublante...
L’enquête judiciaire bute cependant, depuis plusieurs mois, sur le mur de silence qu’a dressé la présidence ivoirienne autour de LEGRE et des principaux protagonistes présumés de cet enlèvement : Paul Bohoun BOUABRE, Aubert ZOHORE mais aussi Kadet BERTIN conseiller spécial de la présidence pour la sécurité et les affaires militaires), Patrice BAHI, Anselme SEKA, Moïse KORE (pasteur et gourou du couple présidentiel), James CENACH (proche du ministre de l’économie BOUABRE), Victor NEMBELLISSINI (directeur de la Banque nationale d’Investissement, proche de BOUABRE et de Simone GBAGBO), tous individus dont les noms, parmi d’autres encore, reviennent avec insistance dans cette affaire.
La presse ivoirienne a beaucoup écrit sur cette affaire, développant les thèses les plus contradictoires, sinon les plus farfelues.
Devant le blocage durable de l'enquête, la famille de GAK a adressé, en septembre 2005, une "lettre ouverte aux ivoiriens de bonne volonté" (voir rubrique "News") qui a suscité la remontée de divers témoignages sur lesquels la justice française enquête actuellement. Un nouvel appel à témoins a été lancé par Bernard KIEFFER en février 2009.
3. La mobilisation des autorités politiques et des comités de soutien
Divers parlementaires ont, à maintes reprises, questionné le gouvernement sur cette affaire ou ont manifesté leur soutien.
Noël MAMERE a accepté d'être l'un des porte-paroles des comités de soutien, aux côtés du chanteur ivoirien Tiken Jah Fakoly.
Le Congrès de la Guadeloupe et le Conseil Régional ont voté une motion pour soutenir la recherche de la vérité pour GAK.
A la CEE, Javier SOLANA a dans un courrier demandé au président GBAGBO de tout faire pour retrouver GAK.
Le Conseil de Paris a voté un vœu pour demander que les recherches soient renforcées pour retrouver GAK et la ville de Paris a affiché GAK place de la Nation pendant plusieurs mois. La Région Rhône-Alpes a désigné GAK comme "citoyen d'honneur" en mai 2005. Les villes de Lyon et de Chambéry se mobilisent ainsi que le conseil général de la Savoie, plusieurs communes de Savoie, d'Isère et du Grand-Lyon, la ville de Monteux et le conseil général de Vaucluse, d'autres villes de France (Nantes, Le Mans...) ont développé diverses actions de soutien.
Le ministère des Affaires étrangères français suit, nous dit-on, cette affaire de près . Michel BARNIER et/ou son directeur de cabinet (Pierre VIMONT) et sa conseillère « Afrique », Nathalie DELAPALME, ont reçu à différentes reprises la famille de GAK. Un premier contact a également été établi avec M. DOUSTE-BLAZY en juin 2005. Le Quai d'Orsay a reçu la famille proche de GAK les 31 mars et 11 avril 2006, à la veille du 2ème anniversaire de l'enlèvement, à l'occasion duquel le ministre s'est entretenu avec Bernard KIEFFER. On notera toutefois que la Brigade criminelle s'est vu subitement interdire de continuer à travailler sur ce dossier à l'automne 2007, laissant les deux juges d'instruction sans les moyens d'investigation que lui apportait le "36 Quai des Orfèvres".
En Côte d’Ivoire, Mme DIABATE, ex-ministre de la justice, a manifesté à maintes reprises sa détermination dans cette affaire. En mai 2004, recevant Osange et Bernard KIEFFER en audience à la présidence, le président GBAGBO leur a assuré, la main sur le cœur, que « GAK est mon ami. Il est vivant et nous allons tout faire pour le retrouver. »…
En France, autour de la famille de GAK, la mobilisation est orchestrée principalement par la famille de GAK, par le Comité de soutien « Vérité pour GAK » animé par Aline RICHARD, rédactrice en chef de la revue « La recherche » et par le comité de soutien breton de GAK. Le club de la presse de Lyon est mobilisé depuis les premiers jours sur ce dossier et n'a jamais relâché ses efforts pour aider à l'avancement de la vérité, organisant en 5 ans de nombreuses actions de soutien sur Lyon avec la famille de GAK . De nombreuses villes de France, la Commission européenne, des élus et groupes parlementaires, de nombreuses organisations (Ligue des droits de l’homme, Otages du Monde, Amnesty International, RSF, Mémorial de Caen…) ont également manifesté leur soutien.
Au fil du temps et des évènements, des passerelles étroites ont été établies également avec les comités de soutien au journaliste Fred NERAC (disparu en Irak début 2003) et à Ingrid BETANCOURT : ces deux comités ont régulièrement associé le nom de GAK à ceux de Fred NERAC et d'Ingrid BETANCOURT lors des manifestations de soutien. Les comités de soutien à GAK ont fait de même. Il est clair cependant que la mobilisation n’est pas la même que pour les journalistes CHESNOT et MALBRUNOT, ou encore pour Florence AUBENAS et Hussein HANOUN : - Les autorités françaises ne mettent manifestement pas en œuvre les mêmes moyens pour retrouver GAK, considérant sans doute que cette affaire complique un peu plus encore les relations tumultueuses de la France et de la Côte d’Ivoire. Comme le dit Aline RICHARD, « GAK a disparu au mauvais moment et au mauvais endroit… ». L’enquête judiciaire des juges d'instruction français ne peut plus avancer efficacement sans une forte impulsion politique que donneraient les autorités françaises ; c'est ce que la famille de GAK n'a cessé de demander au Quai d'Orsay et à l'Elysée depuis des mois faut-il attendre un hypothétique changement de régime en Côte d’Ivoire pour enfin connaître la vérité ? La raison d’Etat, française et/ou ivoirienne, peut-elle durablement entraver le déroulement de l’enquête judiciaire ? Contacts utiles Avocats des parties civiles -Famille : Me Alexis GUBLIN, 63 Bld des Invalides, 75007 Paris. Tél : 01 45 44 98 68 (pour Bernard KIEFFER) et Mes Chantal HOUNKPATIN et Renée RODRIGUE, 25 bld Bonne Nouvelle, 75002 Paris. Tél. : 01 40 26 94 94 (pour les autres membres de la famille). hounkpatinchantal@hotmail.com ou rrodrigue75@hotmail.com |